Discours d'Henri de Latour le 11 novembre 2010

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Les grandes dates de notre Histoire ne nous donnent pas seulement matière à commémoration ; elles éclairent continuellement, et à chaque fois de manière différente, notre présent.

Le 11 novembre, à l’évidence, compte au nombre de ces dates –là.

Nous avons déjà souligné ensemble à cette occasion, à quel point les sacrifices consentis par nos aînés qui furent si nombreux à lutter jusqu’à leur dernier souffle devaient nous permettre de mieux penser nos obligations, au service de cet idéal républicain de liberté, d’égalité et de fraternité.

Je voudrais aujourd’hui que nous nous rappelions dans quel état d’esprit ils ont mené toutes ces batailles. Ces soldats, en effet, ne se battaient pas en guerriers ; le désir de conquête ou de gloire leur était totalement étranger ; s’ils se sont engagés à fond dans cette épreuve, dans des conditions qui aujourd’hui encore nous remplissent de respect et d’effroi. C ’est parce qu’ils entendaient faire la guerre à la guerre, en délivrer l’humanité une fois pour toutes.

Nombre d’entre eux ont tenu à souligner qu’ils n’étaient pas animés par la haine de l’autre, refusant de diaboliser ceux d’en face ; ce qu’ils voulaient, c’était laisser à leurs enfants et petits-enfants un monde meilleur.

 

Ils ont montré que dans des situations extrêmes, quand on peut croire ne plus avoir le choix, parce que les ordres sont les ordres, parce que l’urgence nous assaille, parce qu’il n’y aurait place que pour l’instinct de conservation. Quelque chose demeure, qui laisse chacun libre d’incarner la conscience humaine.

Comment ne pas penser à vous, fusillés pour l’exemple, qui après avoir affronté le pire au combat, vous n’avez pas craint d’encourir un risque plus effroyable encore, celui de passer pour des traîtres, voire des lâches, parce que vous avez osé crier à la face du monde qu’aucune raison d’Etat, aucun intérêt supérieur, n’autorisait que s’installe le mépris, l’injustice et l’arbitraire.

Ils ont signé avec leur sang le rappel d’une vérité universelle, qui s’impose en tout cas à tous les vrais démocrates : quand un pouvoir se retranche derrière les formes de la légalité pour faire prévaloir la discrimination, l’oppression et l’injustice, il devient alors lui-même injuste. Ne nous y trompons pas, mes chers concitoyens, un tel anniversaire doit être pour nous un rappel tonifiant et salutaire ; il s’adresse, à n’en pas douter, autant à notre conscience qu’à notre mémoire.