Discours d'Henri de Latour le 11 novembre 2012

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Chaque année, nous mesurons ensemble à quel point l'occasion qui nous réunit, loin de nous limiter à la célébration d'un rituel nécessairement répétitif, nous offre l'occasion d'appliquer les leçons du passé aux enjeux du moment.

Le plus bel hommage que nous puissions rendre aux sacrifices consentis par nos aïeux, c'est en effet de rappeler que leur message, leur exemple, restent pour nous une source d'inspiration dans les moments de crise, et plus particulièrement quand le découragement nous menace. Lorsqu’un discours insidieux, diffus, omniprésent dans les médias, nous prêche l'acceptation du pire, et par le jeu d'une singulière perversion des valeurs, prétend faire de la résignation une vertu.

Or, en ces temps où les bonnes nouvelles sont rares, une actualité récente apporte à notre ligne de conduite, à ce refus de nous soumettre, un renfort appréciable.

Sans doute étiez-vous au courant de la visite que le président de la république a rendu début octobre à nos Cévennes ; mais peut-être ne comptiez-vous pas au nombre des invités, des happy few qui ont eu le privilège d'entendre le discours qu'il a prononcé à cette occasion ; eh bien, je vous le dis en toute sincérité, mes chers amis, il serait hautement regrettable que la teneur de ce discours ne soit pas largement divulguée, et méditée par le plus grand nombre. Notre président s'est lancé, en effet, dans un vibrant hommage à la tradition de résistance dans notre région. Je le cite : … le combat qui s'est livré ici il y a plus de trois siècles a non seulement construit l'identité cévenole, mais il a assigné à la France une mission historique : la défense de la liberté de conscience.

Une fois n'est pas coutume ; j'ai envie aujourd'hui de prendre le chef de l'Etat au mot, et de dire avec quel zèle nous avons envie d'appliquer ses recommandations.

Il nous plaît d'entendre de la bouche du président qu'il y a des cas en effet où la conscience humaine doit se lever contre un ordre injuste, des cas où s'insurger contre des décrets scélérats est un devoir, je cite à nouveau notre président : Les huguenotes enfermées sur ordre du Roi à Aigues Mortes au XVIIIe siècle avaient gravé sur la pierre de leur cachot le mot : « Résister ». Ce mot a toute sa signification aujourd'hui, il est né ici. Ce mot est à lui seul, pour une famille comme pour un pays, un héritage, le plus bel héritage qui soit. Un peuple résiste, un peuple ne se met pas à genoux. Fin de citation.

Il nous plaît de l'entendre évoquer le mot si simple et si beau que les huguenotes avaient gravé dans la pierre de leur cachot. Il nous est particulièrement doux de lui entendre dire que ces Cévenols-là  ont laissé à la République leur intransigeance en héritage, et de l'entendre célébrer comme la plus haute de nos valeurs communes.

Disons le bien haut à notre tour, chers amis, nous n'avons pas l'intention de décevoir sur ce point l'attente du Chef de l'Etat ; et s'agissant en particulier de la défense de la démocratie, actuellement menacée dans son expression la plus locale, de la défense des opprimés et des persécutés, de la lutte contre les inégalités et les injustices de plus en plus choquantes, nous le répétons aujourd'hui en écho :  au nom de cette liberté de conscience, sans transiger, nous résisterons !

Vive les Cévennes libres !