Discours d'Henri de Latour le 11 novembre 2013

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En cette occasion qui est peut-être pour moi la dernière aux fonctions que j’occupe, je voudrais d’abord saluer votre présence et vous dire, comme chaque année que je suis heureux de vous retrouver, heureux de revoir celles et ceux qui accordent à cette commémoration toute l’importance qu’elle mérite.

Votre participation à cette démarche commune revêt, dans le contexte actuel, une grande portée, car elle témoigne de votre engagement citoyen et de votre attachement aux plus hautes valeurs de la République.

Il est de bon ton, vous le savez, de stigmatiser l’artificialité des commémorations ou leur caractère incantatoire et poussiéreux.

Mais vous avez sans doute relevé à quel point justement, cent ans après le déclenchement de cette guerre, nos compatriotes éprouvent le besoin d’y revenir, plus désireux que jamais d’en comprendre les causes et les ressorts, Car ils sont conscients que c’est là une démarche nécessaire, ne serait-ce que pour empêcher que les mêmes causes reproduisent les mêmes effets.

D’autre part, si nous éprouvons le besoin de rendre hommage aux Poilus, ce n’est plus, plus du tout, pour faire état de je ne sais quelle fierté nationaliste, ou pour rappeler que nous avons été les plus forts et que nous avons vaincus.

Ce qui nous interpelle aujourd’hui, c’est la dimension proprement incroyable de ce courage collectif. Nous le savons maintenant grâce aux travaux des historiens : la plupart des combattants, résistaient en fait aux sirènes cocardières, et ne nourrissaient aucune haine pour ceux d’en face, en qui ils voyaient, en miroir, des semblables, victimes de la même machine à broyer les hommes.

Mais ils ne doutaient pas que leur patrie fût en danger, et, avec elle, les valeurs de liberté, d’’égalité, de fraternité dont les frontons de toutes les mairies de cette France encore largement rurale proclamait l’universalité ; et, pour ces valeurs-là, ils ont donné leur vie par centaines de milliers.

Mesurer l’étendue de leurs souffrances  et de leur sacrifice, c’est   donc prendre conscience de la nécessité de dépasser l’individualisme, la tentation du chacun pour soi et du repli identitaire : nous ne pouvons pas nous reconnaître dans de tels renoncements ; nous ne pouvons manquer au devoir de vigilance que la situation présente nous assigne.

Certes il n’y a plus d’ennemi héréditaire, certes nous ne craignons plus, nous autres Européens,  que nos nations soient dressées les unes contre les autres ; mais nous sentons bien que des forces plus sournoises sont à l’œuvre, qui profitent des difficultés du moment pour désigner de nouveaux coupables à la vindicte du plus grand nombre.

Nous devons non seulement refuser cette logique d’exclusion, mais considérer qu’il est de notre devoir de parler, à celles et à ceux qui pourraient y céder : la solidarité consiste aussi à aider nos concitoyens à y voir plus clair, à comprendre tout ce qu’ils ont à gagner en œuvrant au dialogue et au respect de l’autre.

C’est en cela, j’en suis persuadé, que nous nous montrerons le plus sûrement fidèles à la mémoire de tous ceux qui sont tombés.

Merci donc encore à nos aïeux pour la haute qualité de leur exemple, et merci à vous, qui avez fait vœu de ne pas l’oublier.