Discours d'Henri de Latour le 8 mai 2010

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Le danger des commémorations, vous le savez, c’est qu’elles risquent de tourner au pur et simple rituel. Il serait très regrettable qu’il en soit de même pour cette journée du 8 mai. Je souhaiterais  donc en rappeler ici la portée et les enjeux.

Nous avons de bonnes raisons, ici, à Lasalle, de nous souvenir que la deuxième guerre mondiale n’a pas été qu’une série d’opérations militaires, dont l’issue aurait récompensé les meilleurs stratèges.

Nous savons d’abord que les guerres ne doivent rien à la fatalité, ni au hasard ; elles surviennent parce qu’elles ont été voulues, le plus souvent en très haut lieu, au nom d’intérêts dont les populations sont rarement informées. Elles sont pourtant, ces populations, les premières victimes de tels conflits ; elles en deviennent, par force, partie prenante, et il leur revient souvent d’incarner pour l’humanité ce qui lui reste de dignité, d’honneur, de courage.

Nous entendons garder en mémoire que nos Cévennes furent, en ces années terribles, une terre de résistance, qu’il s’agisse des maquis dont nos inscriptions, et certaines plaques de nos rues, portent témoignage, ou qu’il s’agisse aussi de ces femmes et de ces hommes, si nombreux alentour, qui ont caché chez eux, au péril de leur vie, celles et ceux qu’un pouvoir indigne voulait livrer aux bourreaux nazis.

Ces femmes et ces hommes n’ont jamais fait parade de leur action, considérant qu’elle était chose normale, dictée par leur conscience et leur civisme. Ils ont considéré qu’un citoyen digne de ce nom refuse de s’effacer devant les raisons d’Etat, dès lors qu’elles violent les droits humains.

Vous l’avez compris, ces justes, ces héros si modestes, ne se signalent pas seulement à nous par leur action passée ; ils nous interpellent  aujourd'hui ; car si nous avons la chance, nous autres, que nos territoires jouissent depuis des décennies des bienfaits de la paix, nous savons qu’il ne faut pas s’arrêter à un constat en trompe-l’œil.

Nos soldats, il est vrai, ne se battent plus sur notre sol ; pourtant, même si les médias ne citent, de temps à autre, que le seul Afghanistan, ils sont engagés sur les théâtres d’opérations les plus divers, au nom du peuple français, par décision de nos gouvernants, sans même que la plupart d’entre nous en aient conscience, et, moins encore, aient le sentiment d’avoir été consultés à ce sujet.

Plus globalement, l’humanité reste la proie de la guerre. La guerre sous toutes ses formes, qu’on la dise froide, chaude, économique, qu’elle oppose des États ou des clans, des mafias ou des factions, et ceci un peu partout sur notre planète ; ici même, dans nos montagnes, nous en percevons les échos, nous voyons arriver ceux qu’elle a déracinés, qu’elle jette sur les chemins, et qui dans leur errance courent le risque d’être traités, eux les réfugiés, comme des indésirables, voire comme des ennemis.

Notre population a su, en maintes occasions, prouver qu’elle n’avait pas oublié les exemples qu’elle a reçus en héritage. Je souhaite de tout cœur que nous continuions à nous en montrer dignes.