Voeux d'Henri de Latour 2014

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J'ai donc le plaisir, une fois encore, de vous souhaiter la bonne année. Ce sera la dernière du mandat, et peut-être la dernière tout court, en tant que maire.

Cette circonstance m'amène à m'interroger sur la façon dont j'ai pu remplir ma fonction, sur l'idée que je m'en suis forgée, et à laquelle j'ai essayé de me conformer.

Si je devais en rappeler l'esprit dans une formule, je dirais que pour moi un maire doit être le garant du vivre ensemble dans sa commune.

 

C'est avec une lucidité inquiète que nous identifions les vrais périls ; ceux-là qui relèvent de mesures bien concrètes, de décisions prises de très haut, sans consultation des populations concernées.

Il y a, d'abord, cette conception réductrice d'une Europe qui, au lieu de s'enrichir de toutes nos différences, s'emploie à tout raboter, lisser, homogénéiser en un modèle unique, décliné de Berlin à Séville.

 

Il y a, aussi et surtout, et procédant, bien sûr, du même état d'esprit, cette réforme territoriale, qui passe l'humain pour profits et pertes, au bénéfice de la seule logique comptable. Le nouveau découpage des cantons en est à la fois le prolongement et la meilleure illustration. Dans ce cas là les chiffres sont utilisés comme prétexte à plus de démocratie ! Quelle pirouette ! Il est facile de comprendre qu'en posant comme un a priori que tous les cantons doivent avoir un nombre égal d'habitants, cela concentre tous les pouvoirs en zone urbaine où vivent désormais 80 % de nos concitoyens.

On fait donc cadeau des conseils généraux (de la gestion des départements) aux urbains, sans aucune compensation, bien au contraire : pour se rapprocher du chiffre sacro-saint de 25000 habitants, notre futur canton s’étalera sur 8 des cantons actuels. Et qu'on ne nous parle pas d'égalité au nom de cette arithmétique : la dotation de l’État aux communes est de 62 euros par habitant en milieu rural, contre 124 en milieu urbain.

Serions-nous des sous-citoyens ?

Nous devons nous élever contre cette fracture territoriale.

 

Alors qu’il y a urgence à crédibiliser le discours politique et ceux qui le portent, les décisions technocratiques européennes et les réformes irréfléchies, ont créé une distance de plus en plus grande entre les citoyens et les prises de décisions.

Les médias toujours à l’affut de l’augmentation de leurs audiences se sont engouffrés dans cet espace. Ils sont porteurs d’un discours qui flatte toutes les peurs, aligne tous les faits divers du monde entier sans réflexion ni hiérarchisation de l’information.

 

C'est ainsi que grandit le sentiment d'insécurité. Alors que les chiffres de la délinquance reculent : c'est cette stratégie de l'embrouille qu'on peut définir comme la lepénisation des esprits, et nous savons à quel chaos elle peut nous mener.

 

Nous devons nous garder, dans notre village, d'y prêter une oreille complaisante et pire encore, que certains s’en fassent l'écho.

C'est, le plus souvent, par ignorance des leçons de l'Histoire, voire par ignorance tout court, que ces personnes peuvent se laisser tenter par un défoulement primaire, qui passe par la haine de l'Autre et procèdent du mensonge, de la rumeur et du dénigrement.
Le débat politique est légitime et nécessaire ; il doit se nourrir des échanges d'idées. Il devient nauséabond et stérile, quand il prend la forme de l'invective, des courriers anonymes, et de la délation. Oui, nous avons aussi ça à Lasalle !

 

Notre identité est l’héritière d'une longue série de combats solidaires menés pour la défense des libertés et de la dignité de la personne humaine.

Au-delà de nos différences, ce qui nous aide à envisager l'avenir, c'est la conscience de cette identité collective, nourrie de l'exemple des camisards, des maquisards et des justes parmi les nations.

Tel est le chemin qui nous ouvre aux autres, en refusant le repli frileux, le discours de méfiance et de peur dans lequel certains osent voir l'inspiration d'une politique.

Hier, les Gabatches de Lozère, les Italiens venus proposer leur force de travail, les réfugiés Espagnols. Aujourd’hui, Afghans, Roms ou Tchétchènes, tous contribuent à faire de nous ce que nous sommes.

Nous ne sommes pas dupes des fabricants d'épouvantails, de ceux qui voudraient  nous faire voir, dans la figure de l'Autre, celle de l'ennemi.

 

La qualité de vie dans notre village ne se définit pas seulement comme sympathique et accueillante. La réussite de notre école est due pour une bonne partie à l’équipe pédagogique. La qualité des soins tient à la qualité des professionnels de la santé. De ce point de vue nous sommes gâtés. Leur mobilisation unanime autour du projet de maison de santé pluri-professionnelle a été déterminante et nous les en remercions ici.

Je pense aussi à la création du dispensaire, qui sonne comme la concrétisation d'une de nos aspirations, à savoir la mise à portée de tous de bons services de soin. Merci à tous ces bénévoles qui par leur mobilisation rendent cet objectif possible.

 

J’ai envie d’exprimer ici ma reconnaissance pour celles et ceux qui sont venus partager notre aventure humaine. Je voudrais remercier les professionnels et les commerces qui ont ouvert leurs activités à Lasalle pour notre plus grand bonheur. Je pense, entre autre, à Sébastien Béchard qui investit l’usine Paulhan et Jeannot Costa qui reprend la pompe à essence. Je suis d’autant plus heureux de les voir avec nous car je sais qu’ils ont choisi cette vie de village solidaire, et amicale.

 

Je voudrais rendre hommage au dynamisme de nos associations, à l'origine de plus de 200 manifestations par an, et à l'action quotidienne de tous les artistes et bénévoles qui font de Lasalle ce lieu où il fait bon vivre, où un nombre croissant de nouveaux arrivants (plus d'une centaine) ont choisi de nous rejoindre ces dernières années.

 

Mais l'heure n'est pas encore tout à fait venue de détailler un bilan ; la prochaine campagne électorale en sera l'occasion.

 

Je commettrais néanmoins le plus regrettable des oublis si je m'abstenais ici de rappeler que la mairie fonctionne grâce à une équipe. Je veux rendre ici hommage aux élus qui se sont investis pour donner corps à nos projets et aussi au dévouement constant de nos employés municipaux, qui rivalisent d'énergie et d'inventivité au service de notre bien être.

 

Pour conclure, je pense que nous avons souvent tort de voir l’avenir de manière pessimiste. Je suis sûr que l’horizon n’est pas bouché mais bien au contraire, nous changeons d’époque et nous ne sommes qu’au début d’une longue et fabuleuse histoire qui reste à construire. Pour sortir gagnants de toutes les épreuves qui nous attendent, nous devons être fiers de ce que nous sommes. Forts de nos convictions humanistes, sûrs de mener le seul combat qui vaille contre les discours de violence, de haine et d'exclusion.

Bonne année à toutes et à tous !